L'Ecolier, le Pédant, et le Maître d'un jardin .

 

Certain enfant qui sentait son collège,
Doublement sot et doublement fripon
Par le jeune âge et par le privilège
Qu'ont les pédants de gâter la raison,
Chez un voisin dérobait, ce dit-on,
Et fleurs et fruits. Ce voisin, en automne,
De plus beaux dons que nous offre Pomone
Avait la fleur, les autres le rebut.
Chaque saison apportait son tribut;
Car au printemps, il jouissait encore
Des plus beaux dons que nous présente Flore.
Un jour, dans son jardin il vit notre écolier
Qui, grimpant, sans égard, sur un arbre fruitier,
Gâtait jusqu'aux boutons, douce et frêle espérance,
Avant-coureurs des biens que promet l'abondance:
Même il ébrancherait l'arbre; et fit tant, à la fin,
Que le possesseur du jardin
Envoya faire plainte au maître de la classe.
Celui-ci vint, suivi d'un cortège d'enfants:
Voilà le verger plein de gens
Pires que le premier. Le pédant, de sa grâce,
Accrut le mal en amenant
Cette jeunesse mal instruite:
Le tout, à ce qu'il dit, pour faire un châtiment
Qui pût servir d'exemple, et dont toute sa suite
Se souvînt à jamais comme d'une leçon.
Là-dessus il cita Virgile et Cicéron,
Avec force traits de science.
Son discours dura tant que la maudite engeance
Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin.
Je hais les pièces d'éloquence
Hors de leur place, et qui n'ont point de fin,
Et ne sais bête au monde pire
Que l'écolier, si ce n'est le pédant.
Le meilleur de ces deux pour voisin, à vrai dire,
Ne me plairait aucunement.

Commentaires de P. Louis Solvet. Paris 1812.

 

Après les avares, ce sont les pédants contre lesquels La Fontaine s'emporte avec le plus de vivacité. (Ch.)
Cette haine contre les pédants, et sa façon de penser à leur égard, lui était commune avec Rabelais, Montaigne, Molière, et beaucoup d'autres philosophes. Le premier parle de certain maître Jobelin, qu'il peint, lui et ses pareils, comme « abâtardissant les bons et nobles esprits, et corrompant toute fleur de jeunesse. » Au rapport de Montaigne, « les pédants sont les seuls, entre tous les hommes, qui non seulement n'amendent point ce qu'on leur commet, comme fait un charpentier et un maçon, mais l'empirent, et se font payer de l'avoir empiré. » On sait de quelles espèces de galanteries M. Bobinet, dans la Comtesse d'Escarbagnas) farcissait la mémoire de son élève.
Cette Fable rentre absolument dans la même moralité que celle du Jardinier et son Seigneur, liv. 5, fab. 4 ; mais celle-ci est fort inférieure à l'autre. Remarquons pourtant ce vers charmant:
• Gâtait jusqu'aux boulons, douce et frêle espérance.
La Fontaine s'intéresse à toute la nature animée.

 

 

The schoolboy, the pedant, and the Owner of a garden.

 

A boy who savour'd of his school,--
A double rogue and double fool,--
By youth and by the privilege
Which pedants have, by ancient right,
To alter reason, and abridge,--
A neighbour robb'd, with fingers light,
Of flowers and fruit. This neighbour had,
Of fruits that make the autumn glad,
The very best--and none but he.
Each season brought, from plant and tree,
To him its tribute; for, in spring,
His was the brightest blossoming.
One day, he saw our hopeful lad
Perch'd on the finest tree he had,
Not only stuffing down the fruit,
But spoiling, like a Vandal brute,
The buds that play advance-courier
Of plenty in the coming year.
The branches, too, he rudely tore,
And carried things to such a pass,
The owner sent his servant o'er
To tell the master of his class.
The latter came, and came attended
By all the urchins of his school,
And thus one plunderer's mischief mended
By pouring in an orchard-full.
It seems the pedant was intent
On making public punishment,
To teach his boys the force of law,
And strike their roguish hearts with awe.
The use of which he first must show
From Virgil and from Cicero,
And many other ancients noted,
From whom, in their own tongues, he quoted.
So long, indeed, his lecture lasted,
While not a single urchin fasted,
That, ere its close, their thievish crimes
Were multiplied a hundred times.

I hate all eloquence and reason
Expended plainly out of season.
Of all the beasts that earth have cursed
While they have fed on't,
The school-boy strikes me as the worst--
Except the pedant.
The better of these neighbours two
For me, I'm sure, would never do.

Lo Scolaro, il Pedante e il Padrone dell'orto.

 

Un Ragazzaccio allievo di collegio,
vo' dir due volte peste,
citrullo per cagione dell'età
e per il privilegio
ch'hanno i pedanti di guastar le teste,
rubava con discreta abilità
a un povero vicino
i prodotti più belli del giardino.

In primavera risplendea dei doni
di Flora più superbi il campicello,
e Pomona serbavagli i più buoni
frutti d'autunno, dando agli altri il resto.
Ebbene il ladroncello
rovina e ruba i primaticci e schianta
i rami della pianta,
distruggendo coi fiori la speranza.
Allor corre il padrone e irato canta
al maestro una buona rimostranza.

Che fa costui? Volendo che l'esempio
fosse d'avvertimento
anche agli altri bricconi, ne raccoglie
nell'orto circa un cento,
e citando Virgilio e Cicerone,
sfodera tutto il vecchio zibaldone
della sua scienza logica morale,
e tanto predicò quel don Fagiuolo,
ch'ebbero i cento la comodità
di saccheggiare in cento luoghi il brolo.

Non c'è nulla che più mi faccia nausea
d'una sapienza insipida ed oziosa,
che blatera e non sa nemmen perché.
Non conosco una bestia più noiosa
d'uno scolaro (e ne conosco tante)
se pur non è il pedante.
Li tenga Iddio sempre lontan da me.