Le Torrent et la Rivière.

 

Avec grand bruit et grand fracas
Un Torrent tombait des montagnes :
Tout fuyait devant lui ; l'horreur suivait ses pas ;
Il faisait trembler les campagnes.
Nul voyageur n'osait passer
Une barrière si puissante :
Un seul vit des voleurs, et se sentant presser,
Il mit entre eux et lui cette onde menaçante.
Ce n'était que menace, et bruit, sans profondeur ;
Notre homme enfin n'eut que la peur.
Ce succès lui donnant courage,
Et les mêmes voleurs le poursuivant toujours,
Il rencontra sur son passage
Une Rivière dont le cours
Image d'un sommeil doux, paisible et tranquille
Lui fit croire d'abord ce trajet fort facile.
Point de bords escarpés, un sable pur et net.
Il entre, et son cheval le met
A couvert des voleurs, mais non de l'onde noire :
Tous deux au Styx allèrent boire ;
Tous deux, à nager malheureux,
Allèrent traverser au séjour ténébreux,
Bien d'autres fleuves que les nôtres.
Les gens sans bruit sont dangereux :
Il n'en est pas ainsi des autres.

 

The Torrent and the River. (34)

 

With mighty rush and roar,
Adown a mountain steep
A torrent tumbled,--swelling o'er
Its rugged banks,--and bore
Vast ruin in its sweep.
The traveller were surely rash
To brave its whirling, foaming dash,
But one, by robbers sorely press'd,
Its terrors haply put to test.
They were but threats of foam and sound,
The loudest where the least profound.
With courage from his safe success,
His foes continuing to press,
He met a river in his course:
On stole its waters, calm and deep,
So silently they seem'd asleep,
All sweetly cradled, as I ween,
In sloping banks, and gravel clean,--
They threaten'd neither man nor horse.
Both ventured; but the noble steed,
That saved from robbers by his speed,
From that deep water could not save;
Both went to drink the Stygian wave;
Both went to cross, (but not to swim,)
Where reigns a monarch stern and grim,
Far other streams than ours.

Still men are men of dangerous powers;
Elsewhere, 'tis only ignorance that cowers.

[34] Abstemius.

Il Torrente e il Fiume.

 

Un torrentaccio rapido e sonante,
precipitando al basso,
empìa del suo fracasso
le rive e la campagna circostante.

Fuggìan le genti dalla furibonda
velocità dell'onda,
quand'ecco un tal che dai ladri fuggiva
fermossi sulla riva.

Come passar? esita un po', ma visto
che i ladri corron sempre per di qua,
tentò, passò... Per il rumor che fa
il torrentaccio non è poi sì tristo.

Anzi è sì buono, che il furor dell'onda
i ladri non fermò.
L'altro a correre ancor, fin che alla sponda
d'un bel fiume arrivò.

Questo era proprio un fiume maestoso,
sereno come un bel sogno d'estate,
non rupi a picco, ingrate,
ma un passo limpidissimo, sabbioso.

Col suo cavallo il buon viaggiatore
fugge i ladri, ma il guado è traditore:
beve il cavallo, beve il cavaliere,
e in fondo a Stige vanno entrambi a bere.

E vanno entrambi a bere in Acheronte
e in acque più lontane.
Fin che abbaia giammai ti morde il cane,
è l'acqua cheta che corrode il ponte.