Le Cerf malade.

 

En pays pleins de Cerfs un Cerf tomba malade.
Incontinent maint camarade
Accourt à son grabat le voir, le secourir,
Le consoler du moins : multitude importune.
Eh ! Messieurs, laissez-moi mourir.
Permettez qu'en forme commune
La parque m'expédie, et finissez vos pleurs.
Point du tout : les Consolateurs
De ce triste devoir tout au long s'acquittèrent ;
Quand il plut à Dieu s'en allèrent.
Ce ne fut pas sans boire un coup,
C'est-à-dire sans prendre un droit de pâturage.
Tout se mit à brouter les bois du voisinage.
La pitance du Cerf en déchut de beaucoup ;
Il ne trouva plus rien à frire.
D'un mal il tomba dans un pire,
Et se vit réduit à la fin
A jeûner et mourir de faim.
Il en coûte à qui vous réclame,(1)
Médecins du corps et de l'âme.
O temps, ô moeurs ! J'ai beau crier,
Tout le monde se fait payer.

 

 

The Sick Stag. (13)

 

A stag, where stags abounded,
Fell sick, and was surrounded
Forthwith by comrades kind,
All pressing to assist,
Or see, their friend, at least,
And ease his anxious mind--
An irksome multitude.
'Ah, sirs!' the sick was fain to cry,
'Pray leave me here to die,
As others do, in solitude.
Pray, let your kind attentions cease,
Till death my spirit shall release.'
But comforters are not so sent:
On duty sad full long intent,
When Heaven pleased, they went:
But not without a friendly glass;
That is to say, they cropp'd the grass
And leaves which in that quarter grew,
From which the sick his pittance drew.
By kindness thus compell'd to fast,
He died for want of food at last.
The men take off no trifling dole
Who heal the body, or the soul.
Alas the times! do what we will,
They have their payment, cure or kill.

[13] "The Gazelle" in Lokman's Fables.

Il Cervo malato.

 

Nel paese dei cervi un ricco Cervo
cadde malato. Accorrono gli amici
al mesto capezzale
a visitarlo e voglion sollevarlo,
o almeno consolarlo.
- Ma, cari amici, - esclama l'animale,
che già si secca della cortesia, -
cessi il pianto e lasciate ch'io men vada,
come van tutti, anch'io per la mia strada -.

Ma niente affatto. Quella processione
non si partì dal letto,
se non ebbe compiuta la missione
di togliere il respiro al poveretto.
E quand'ebbe compiuto il suo dovere,
andò, ma volle bere
prima alla fonte e pascolar nel prato
del povero malato,
e bevi e mangia, ed erba mangia e strame,
non lasciarono al Cervo che la via,
o digiunar, oppur morir di fame.

Così fanno a questi lumi
anche i medici e coloro
che ti curan la coscienza
e ti costano un tesoro.
O che tempi, o che costumi!
Ma che far? ci vuol pazienza.

 

 

Avant Jean de La Fontaine:

 

 Loqman  (900? av. JC - ?) : La Gazelle.

 

     Une gaselle étant un jour tombée malade , ses compagnes parmi les animaux vinrent la visiter et mangèrent toutes les herbes et les plantes, qui étaient , autour d'elle, de sorte que, lorsqu'elle fut relevée de maladie, elle chercha inutilement de quoi manger, et ne trouvant rien, elle mourut de faim.

Cette Fable signifie : que celui qui multiplie ses liaisons, multiplie aussi ses chagrins.