Le Lion et le Moucheron.

 

"Va-t'en, chétif insecte, excrément de la terre! "
C'est en ces mots que le Lion
Parlait un jour au Moucheron.
L'autre lui déclara la guerre.
"Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de Roi
Me fasse peur ni me soucie ?
Un boeuf est plus puissant que toi :
Je le mène à ma fantaisie. "
A peine il achevait ces mots
Que lui-même il sonna la charge,
Fut le Trompette et le Héros.
Dans l'abord il se met au large ;
Puis prend son temps, fond sur le cou
Du Lion, qu'il rend presque fou.
Le quadrupède écume, et son oeil étincelle ;
Il rugit ; on se cache, on tremble à l'environ ;
Et cette alarme universelle
Est l'ouvrage d'un Moucheron.
Un avorton de Mouche en cent lieux le harcelle :
Tantôt pique l'échine, et tantôt le museau,
Tantôt entre au fond du naseau.
La rage alors se trouve à son faîte montée.
L'invisible ennemi triomphe, et rit de voir
Qu'il n'est griffe ni dent en la bête irritée
Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir.
Le malheureux Lion se déchire lui-même,
Fait résonner sa queue à l'entour de ses flancs,
Bat l'air, qui n'en peut mais ; et sa fureur extrême
Le fatigue, l'abat : le voilà sur les dents.
L'insecte du combat se retire avec gloire :
Comme il sonna la charge, il sonne la victoire,
Va partout l'annoncer, et rencontre en chemin
L'embuscade d'une araignée ;
Il y rencontre aussi sa fin.
Quelle chose par là nous peut être enseignée ?
J'en vois deux, dont l'une est qu'entre nos ennemis
Les plus à craindre sont souvent les plus petits ;
L'autre, qu'aux grands périls tel a pu se soustraire,
Qui périt pour la moindre affaire.

The Lion and the Gnat. (15)

 

'Go, paltry insect, nature's meanest brat!'
Thus said the royal lion to the gnat.
The gnat declared immediate war.
'Think you,' said he, 'your royal name
To me worth caring for?
Think you I tremble at your power or fame?
The ox is bigger far than you;
Yet him I drive, and all his crew.'
This said, as one that did no fear owe,
Himself he blew the battle charge,
Himself both trumpeter and hero.
At first he play'd about at large,
Then on the lion's neck, at leisure, settled,
And there the royal beast full sorely nettled.
With foaming mouth, and flashing eye,
He roars. All creatures hide or fly,--
Such mortal terror at
The work of one poor gnat!
With constant change of his attack,
The snout now stinging, now the back,
And now the chambers of the nose;
The pigmy fly no mercy shows.
The lion's rage was at its height;
His viewless foe now laugh'd outright,
When on his battle-ground he saw,
That every savage tooth and claw
Had got its proper beauty
By doing bloody duty;
Himself, the hapless lion, tore his hide,
And lash'd with sounding tail from side to side.
Ah! bootless blow, and bite, and curse!
He beat the harmless air, and worse;
For, though so fierce and stout,
By effort wearied out,
He fainted, fell, gave up the quarrel.
The gnat retires with verdant laurel.
Now rings his trumpet clang,
As at the charge it rang.
But while his triumph note he blows,
Straight on our valiant conqueror goes
A spider's ambuscade to meet,
And make its web his winding-sheet.

We often have the most to fear
From those we most despise;
Again, great risks a man may clear,
Who by the smallest dies.

[15] Aesop.

Il Leone e il Moscerino.

 

- O tristo insetto, o fango della terra,
vanne lungi, - un Leon così dicea,
rivolto a un Moscherin, che rispondea
per vendicarsi e per sfidarlo a guerra:

- Pensi tu che il tuo titolo di re
possa indurre paura in un par mio,
che traggo un bue più grosso anche di te
a far come vogl'io? -.

E detto questo, soffia nella tromba,
piglia il campo, e soldato e insiem trombetta,
sopra il Leone piomba
e dapprima sul collo lo saetta.

L'occhio sanguigno, furibondo rugge,
balza punto il Leon da quello spillo,
rugge la selva, e spaventata fugge
ogni belva per colpa d'un assillo.

Quell'embrion di mosca, come dico,
le nari, il muso punge e gli occhi a caso:
la rabbia monta del Leone al naso,
e ride l'invisibile nemico.

Ride, vedendo che la bestia pazza
graffia, morde se stessa e l'aria spazza,
dimenando la coda, e si flagella
al furor che la testa gli crivella.

La grossa bestia a tanta maledetta
battaglia cade, mordendo la sabbia.
L'insetto, disfogata la sua rabbia,
come suonò la carica, strombetta
la vittoria per tutta la campagna.
Ma volle il suo destino
che desse in una ragna,
e vi lasciò la pelle il Moscherino.

Due cose sembra a me
che possa questa favola insegnare:
prima che il più terribile non è
il più grosso nemico, come pare.
E poi si può vedere
che molti, che si salvano dal mare,
affogan spesse volte in un bicchiere.