Le Lièvre et les Grenouilles.

 

Un Lièvre en son gîte songeait
(Car que faire en un gîte, à moins que l'on ne songe ?) ;
Dans un profond ennui ce Lièvre se plongeait :
Cet animal est triste, et la crainte le ronge.
"Les gens de naturel peureux
Sont, disait-il, bien malheureux.
Ils ne sauraient manger morceau qui leur profite ;
Jamais un plaisir pur ; toujours assauts divers.
Voilà comme je vis : cette crainte maudite
M'empêche de dormir, sinon les yeux ouverts.
Corrigez-vous, dira quelque sage cervelle.
Et la peur se corrige-t-elle ?
Je crois même qu'en bonne foi
Les hommes ont peur comme moi. "
Ainsi raisonnait notre Lièvre,
Et cependant faisait le guet.
Il était douteux, inquiet :
Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.
Le mélancolique animal,
En rêvant à cette matière,
Entend un léger bruit : ce lui fut un signal
Pour s'enfuir devers sa tanière.
Il s'en alla passer sur le bord d'un étang.
Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes ;
Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes.
"Oh! dit-il, j'en fais faire autant
Qu'on m'en fait faire ! Ma présence
Effraie aussi les gens ! je mets l'alarme au camp !
Et d'où me vient cette vaillance ?
Comment ? Des animaux qui tremblent devant moi !
Je suis donc un foudre de guerre !
Il n'est, je le vois bien, si poltron sur la terre
Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi."

 

The Hare and the Frogs. (20)

 

Once in his bed deep mused the hare,
(What else but muse could he do there?)
And soon by gloom was much afflicted;--
To gloom the creature's much addicted.
'Alas! these constitutions nervous,'
He cried, 'how wretchedly they serve us!
We timid people, by their action,
Can't eat nor sleep with satisfaction;
We can't enjoy a pleasure single,
But with some misery it must mingle.
Myself, for one, am forced by cursed fear
To sleep with open eye as well as ear.
"Correct yourself," says some adviser.
Grows fear, by such advice, the wiser?
Indeed, I well enough descry
That men have fear, as well as I.'
With such revolving thoughts our hare
Kept watch in soul-consuming care.
A passing shade, or leaflet's quiver
Would give his blood a boiling fever.
Full soon, his melancholy soul
Aroused from dreaming doze
By noise too slight for foes,
He scuds in haste to reach his hole.
He pass'd a pond; and from its border bogs,
Plunge after plunge, in leap'd the timid frogs,
'Aha! I do to them, I see,'
He cried, 'what others do to me.
The sight of even me, a hare,
Sufficeth some, I find, to scare.
And here, the terror of my tramp
Hath put to rout, it seems, a camp.
The trembling fools! they take me for
The very thunderbolt of war!
I see, the coward never skulk'd a foe
That might not scare a coward still below.'

[20] Aesop.

La Lepre e le Rane.

 

Non sapendo una Lepre cosa fare
nella sua tana, per uscir di tedio
sulla sua sorte prese a meditare.
(Dormire o meditare è un gran rimedio.)

- O disgraziati sempre i timorosi!
- dicea fra sé quel povero animale, -
che da paura internamente rosi,
non c'è piacer che non finisca male.

Anche il boccon ti si conficca in gola,
vivi e dormi sospeso, in crucci, in pene:
ogni voce, ogni uccel che in l'aria vola,
ti fa gelare il sangue nelle vene.

"Corrèggiti", mi dice un barbassoro.
Ma si corregge il mal della paura?
Ho veduto fior d'uomini, anche loro
far talvolta una misera figura -

Trista, crucciata e di paura gialla,
così dicea... Quando a un tratto s'udiva
un fruscìo, che la fe', le gambe in spalla,
d'uno stagno scappar presso la riva.

Le Rane, al suo venir, saltan nel fosso,
e dentro al fango ciascuna si abbica.
- Oh! oh! - grida la Lepre, - e dunque posso
esser anch'io terribile nemica.

Hanno paura, un fulmine di guerra
mi credono, non son quel che già fui.
Ho capito, non c'è poltrone in terra,
che non trovi un poltrone più di lui -.