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La fable est, sans doute, aussi vieille que le monde ; elle conserve et conservera toujours son empire : nous l'aimons, nous sommes nés pour elle. C'est une immortelle dont la voix mensongère en tout temps nous charme et nous amuse ; c'est une enchanteresse qui nous entoure de prestiges ; qui, à ses réalités, substitue, ou du moins ajoute des chimères agréables et riantes, et qui, cependant, soumise à l'histoire et à la philosophie, ne nous trompe jamais que pour mieux nous instruire. Fidèle à conserver les réalités qui lui sont confiées, elle couvre de son enveloppe séduisante et les leçons de l'une, et les vérités de l'autre. Son sceptre enchanteur ne fait que des miracles et ne produit que des métamorphoses. Elle nous transporte d'un monde où nous sommes toujours mal, dans un autre monde qui, créé par l'imagination, a tout ce qu'il faut pour nous plaire. Elle embellit tout ce qu'elle touche: si elle raconte, elle sème les merveilles, les prodiges, pour attacher la curiosité, pour graver dans la mémoire ; si elle trace des leçons, c'est d'une main si légère, que l'orgueil n'en est pas atteint. Elle se joue autour de la vérité, pour ne la laisser voir qu'à la dérobée, et, soit qu'elle ait voulu ou nous agrandir, ou nous consoler, elle prend ses exemples dans des espèces privilégiées, dans une race divine qu'elle élève exprès au-dessus de la faible humanité ; tantôt nous conduisant à la vertu par ses exemples illustres tantôt caressant notre faiblesse, orgueilleuse de retrouver nos passions et nos fautes dans la perfection même.
BAILLY.
Jean de La Fontaine est né à Château-Thierry, le 8 juillet 1621. Son père, Jean de La Fontaine, Maître des Eaux-et-Forêts à Château-Thierry, avait épousé Françoise Pidoux, fille du Bailli de Coulommiers.
La jeunesse du plus grand de nos poètes est enveloppée d'un voile presqu'impénétrable : le siècle, dont il est un des plus beaux ornements, lui a marqué trop d'indifférence, pour avoir su recueillir des détails chers à la postérité.
Si La Fontaine étudia, ce fut sous des maîtres de campagne; quant aux grands enseignements, ils vinrent de la nature. Toute sa vie, il ignora le grec; lorsqu'une connaissance intime d'un beau passage de l'Iliade lui devenait nécessaire, il avait recours à Racine; grâce à l'habileté du célèbre interprète, La Fontaine, semblable aux aveugles auxquels la nature accorde presque un sens de plus pour comprendre les œuvres du Créateur, parvenait à saisir toutes les beautés d'un langage qui lui était inconnu : enfin, l'avis qu'un de ses parents nommé Pintrel lui donna, bien tard pour tout autre, de consulter les anciens et de les prendre pour modèles, accuse la profonde insouciance de sa jeunesse pour les travaux répugnants de l'école.
A dix-neuf ans, la fantaisie lui prit d'entrer à l'Oratoire, sans doute à cause du farniente qu'il crut apercevoir dans la vie monastique; peut-être aussi la liberté dont on jouissait dans cette Congrégation le séduisit-elle; mais effrayé aussitôt qu'il sentit un lien, il n'y resta que dix-huit mois. S'il faut en croire un auteur, c'est là qu'on aurait surpris La Fontaine, jetant son bonnet carré d'un étage élevé, et s'amusant à l'aller chercher poux le laisser tomber encore.... lire
Notes de B. Van Hollebecke -1855.
1 Ironie. [Aimé-Martin). — La Fontaine est bien loin de penser avec cette latitude. La raison du plus fortes! toujours la plus heureuse, la plus puissante, celle qui l'emporte ; et c'est ce qu'il se pro-prosc de faire voir. (Ch. Nodier.)
• On ne peut pas perdre de vue que La Fontaine est un censeur adroit; et, en réfléchissant un instant, on voit que, loin d'approuver la force brutale, il la stigmatise. Partant de ce principe on doit dire ce premier vers avec un sourire sardonique. (Duquesnois.)
Cette fable a un but très-moral : c'est de prouver que le méchant se sent responsable de ses mauvaises actions, puisqu'il se croit obligé de les justifier, même quand rien ne l'empêche de les commettre.
2 L'agneau est chez lui; c'est le loup qui survient. (Guillon.) — Jugez de l'absurdité du mot « mon breuvage ; » son breuvage, l'eau d'un ruisseau qui coule dans la prairie ! (Solvet.)
3 On entend la voix rauque et le grondement furieux de la bête enragée.
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